Le jargon militant, un outil de domination ?

https://croisee-des-luttes.org/node/5

Soumis par saul le mar 24/10/2017 - 12:33

Cet article est à propos du militantisme numérique. Plutôt féminisme convergeant, et particulièrement dans les mouvement MOGAI. Il ne parle pas des personnes privilégiées qui ne font pas d’efforts, mais bel et bien des concerné-e-s qui entrent dans nos milieux et découvrent tout ça

D’abord, qu’est ce que j’entends par jargon militant ? C’est une forme d’expression utilisée dans les milieux féministes (convergeant la plupart du temps.) Il sert à s’adresser aux personnes sans perpétuer les oppressions systémiques.
Quelque exemples :
- On préfèrera utiliser "personnes réglée" que "femme" pour parler des menstruations.
- On utilisera "personnes enceinte" plutôt que "femme enceinte".
- On utilisera "couleur beige" plutôt que "couleur chair"
etc.

Le jargon militant (auquel je me réfère, je les connais pas tous) me gène, non pas pour sa visée, inclusive et non oppressive, (que je salue et trouve nécessaire), mais dans son usage en tant qu’outil de domination dans notre milieu.


Aujourd’hui quand une personne arrive dans nos groupes et essaye de communiquer, souvent (selon ce que j’ai pu observer) iel se fait reprendre sur la forme de son message. Un terme oppressif par-ci, un accord non inclusif par-là. 
Ca ne poserait pas de problème, si c’était toujours fait calmement, et sans effet de « foule » mais malheureusement, un schéma récurrent tend à se pérenniser, et cela me fait peur :



> Une personne qui n’a pas assimilé notre langage poste un statut
> Une autre personne la reprend sur un/des termes

> Une foule arrive pour répéter en boucle pourquoi il y a un problème dans le texte, et c’est rarement dans le plus grand des calmes.



On en vient à craindre de poster quelque part parce que l’on utiliserait pas le bon langage, mais il est extrêmement codifié, et une personne qui vient d’arriver ou qui ne l’a pas assimilé aussi vite que nous, s’en prend systématiquement plein la tronche. 



Cela part d’un bon sentiment, mais là, ça en devient capacitiste et presque classiste.

> Capacitiste parce que :
- 

Pour certaines neuroatypies, pour lesquelles, (s’il n’est pas impossible) il est très difficile de changer l’usage des mots et d’acquérir rapidement une nouvelle façon d’exprimer sa pensée, pour autant, iels ne sont pas exempté-e-s de changer leurs mode d’expression très rapidement pour autant.

> Classiste parce que :
- Soit tu as accès à l’information, soit pas, et si tu ne l’as pas, tu te feras taper sur les doigts pour ça. tu n’entreras pas dans certains lieux (ce qui est légitime d’une certaine façon, dans les lieux "safes" être confronté-e à des propos oppressifs c’est pas agréable, mais cela participe quand même à l’exclusion d’une partie de la population, qui n’a pas accès aux codes ou qui ne peut pas les acquérir).

- On te jugera pour ne pas avoir ces connaissances considérées comme élémentaires, mais qui pour toi seront de l’ordre de la découverte.



Ca crée une classe de celleux qui ont la connaissance vs les autres.

Ceci dit, j’entends bien que lire des propos oppressifs ce n’est guère agréable, et il est nécessaire de les notifier. Mais une personne suffit, un groupe tout entier n’est pas utile. 

C’est cette dérive qui me gêne dans le langage militant, il est utilisé pour écraser les nouvelleaux, et montrer que l’on a le savoir, en oubliant qu’on a été dans cette position. Et c’est en cela qu’il devient un moyen de domination.


publié le 29 octobre 2017